11 octobre, 2009 - par michel
Donner c’est tuer
Ceux qui ont l’habitude de travailler à mes côtés m’entendent souvent répéter cette phrase: “L’enfer est pavé de bonnes intentions”.
Souvent je prononce cet adage dans un contexte léger.
Aujourd’hui je souhaite vous faire partager ma découverte d’un livre qui confirme cette thèse sur un sujet beaucoup plus grave et en relation directe avec Labadens et sa philosophie.
L’AIDE FATALE, par Dambisa Moyo (JC Lattès) est un réquisitoire contre une pratique que nous condamnons à longueur de temps chez Labadens: l’Aide au Pays Pauvres.
Ce livre confirme avec brio ce que nous nous efforçons de dénoncer: l’aide aux pays en voie de développement n’est pas inutile…elle est pire!
Elle entrave le développement de ces pays et les plonge dans une spirale infernale.
Prononcée par moi, cette phrase sent bon la provoc’. Lorsque Dambisa Moyo (originaire de Zambie, formée à Harvard, Oxford et passée par la Banque Mondiale) le dénonce, ça attire forcément un peu plus l’attention.
Premier constat: c’est dans les pays africains les plus aidés depuis un siècle que la pauvreté a le plus augmenté.
Pourquoi? Le cercle vicieux est simple à comprendre et à démontrer: l’aide engendre la corruption. Elle fournit aux dirigeants en place des moyens de conserver leurs places sans avoir de comptes à rendre à leurs populations. Elle freine donc l’établissement d’un authentique état de droit, ce qui éloigne les investisseurs. Elle oriente l’argent reçu vers de grands projets à l’utilité souvent discutable…mais qui facilitent les pots-de-vin. Elle détourne ensuite les élites intellectuelles vers des postes politiques ou administratifs propices au prélèvement de dîmes, enfin, last but not least, elle provoque des distorsions de concurrence qui découragent les producteurs locaux. Au final, cela entretient voir aggrave la pauvreté ce qui justifie l’octroi d’aides supplémentaires.
CQFD.
Mais alors pourquoi les GDDJPDDN (Gentils Donateurs Des Jolis Pays Développés Du Nord) continuent dans cette voie?
Tout d’abord parce que cela leur donne bonne conscience (nous avons également eu cette problématique à gérer lors de notre mission d’audit en juillet puisqu’une partie de l’équipe a eu tendance à agir de manière compassionnelle…mais cela fera l’objet d’un prochain post).
Ensuite parce qu’elle sert indirectement les lobbies agricoles Américains et Européens qui y voient une compensation des subventions qu’ils perçoivent.
Enfin, parce que sa gestion et sa répartition occupent dans les pays riches des dizaines de milliers de personnes réparties dans des milliers d’organismes internationaux, d’observatoires, d’administrations qui cherchent à justifier leur existence et pour qui le charity business est une manne.
Allons nous nous arrêter sur un tel constat déprimant?
Ce n’est pas le genre de Labadens. Nous ne sommes pas des Nicolas HULOT du développement Nord/Sud. Nous ne nous contentons pas de dénoncer et notre raison d’exister est d’imaginer et mettre en application des solutions (aussi imparfaites soient-elles, selon l’autre adage auquel je tiens tant, et qui fera l’objet d’un autre post: “Il vaut mieux une bonne solution aujourd’hui qu’une solution parfaite l’année prochaine”).
Plusieurs pistes:
-Supprimer l’aide dans un délai de 5 à 10 ans;
-Utiliser les émissions d’obligations comme nouvelle source de financement (cela coûte certes plus cher que les prêts bonifiés de la Banque Mondiale mais cela fait entrer les emprunteurs dans le cercle vertueux de la crédibilité qui attirera des investisseurs étrangers);
-Poursuivre la promotion du microcrédit;
-Accroître la promotion du méso-Private Equity.
Car il faut savoir dépasser les dogmes et les lieux communs: A ce jour, l’économie de marché et le libéralisme restent LES SEULS moyens pour un peuple d’accroître son niveau de vie et de s’extraire de la pauvreté.
Et ce n’est pas Michel FONT ni Dambisa MOYO qui le dit, mais un vieux barbu qui a déclaré il y a 2000 ans qu’il valait mieux apprendre à un homme à pêcher plutôt que de lui offrir un poisson.
Michel
Ps: Je tiens à remercier Gérard MOATTI, dont l’excellent article ”L’enfer des bonnes intentions” dans les Echos a attiré mon attention sur l’ouvrage de Dambisa MOYO.


