Microcrédit, l’avènement des parabanques et la fin d’une idéologie.
Bastien me communiquait récemment un lien vers le site Myc4. Un acteur qui, comme Babyloan, surfe sur la vague du peer to peer lending. Cependant, j’ai pu noter deux différences majeures. La première concerne le rendement pour le prêteur (i.e : le particulier) qui atteint pas moins de 12%, la seconde est la taille des montants de crédit qui sont généralement supérieur à 1.000€.
On pourrait se réjouir de leur démarche. D’un côté, celle-ci contente les prêteurs avec une rémunération confortable, et de l’autre, elle permet aux entrepreneurs des PME dans les pays pauvres, boudées par les banques locales, d’avoir accès à des volumes de crédit conséquents et utiles à leur développement. Cette pratique est souvent regroupée sous le vocable de mésofinance (i.e. entre micro et macro).
Pour tout vous dire, je partage une partie de l’analyse proposée par Myc4., c’est même la base de la réflexion de Labadens En clair, le financement de la très petite entreprise (TPE) et de la PME est le chaînon manquant entre les banques formelles et les IMF.
C’est beau. C’est bien. C’est propre. Tout est pour le mieux me direz vous. Mais il y a un « mais ». Pour proposer des taux de rémunérations à hauteur de 12%, l’emprunteur paiera un taux d’intérêt supérieur à 17%. sur une durée de 18 mois. Attendez, je vais le répéter: taux d’intérêt de 17% sur 18 mois.
En clair, je te prête 10.000€ et toi dans 1.5 ans, tu me rends 12.000€. Mesdames, messieurs, avec cette pratique on envisage de réduire la pauvreté, de contribuer à la création d’emploi…bla bla bla bla youcoulélé on connait la chanson.
OK. J’entends les voix s’élever d’ici et m’expliquer qu’il faut couvrir les couts d’agence, de refinancement et d’administration. On m’expliquera ensuite que c’est un cadeau qu’on fait « ces pauvres » en comparaison des taux usuriers que leur proposent d’autres acteurs (i.e. 1% par jour). De mémoire, le taux maximum pratiqué par les IMF peut atteindre 30%.
Le baratin est rudement bien rôdé: (1) on m’explique que je vais contribuer à la réduction de la pauvreté dans le monde (2) en m’enrichissant et (3) avec un probabilité de réalisation de 95%
Le CODEVI peut aller se rhabiller!
D’ailleurs les autres plate forme de peer to peer lending telles que Babyloan et Kiva peuvent aussi aller se rhabiller avec leur taux de rémunération à …0% pour le prêteur (i.e. le particulier). C’est sur, c’est pas la même philosophie.Quand des acteurs comme Babyloan et Kiva peuvent s’intéresser à des emprunteurs dans les campagnes, Myc4 sera plus présent dans les villes, là où les couts d’agence et les risques sont le moins fort. C’est somme toute logique.
Mon opinion? Il y a deux mouvements qui se dessinent dans le « microcrédit« . L’un que je qualifierai d’ONG + auquel les organisations comme Babyloan et Kiva appartiennent et l’autre que j’appellerais les parabanques.
Les ONG+ aident chaque individu notamment dans les zones reculés à créer son propre emploi (généralement le commerce). Mais elles pêchent ,à mon sens, dans l’appui à la création de valeur ajoutée générée par les entreprises du locale. En gros, je doute que le microcrédit soit un jour à l’origine d’un champion national ou même régional.
Les parabanques ont un objectif affiché de rentabilité et elles surfent sur la vague du microcrédit pour attirer des pourvoyeurs de fonds internationaux. Ah le marketing et la communication!
Et que font les banques locales pendant ce temps? Je veux dire les vrais banques. Vous savez, celles qui passent leur temps à placer leur argent sur les marchés internationaux au lieu de prêter aux entreprises locales.
Rien. Ah si…du microcrédit, mais toujours pas de « mésocrédit » aux PME. La mode, la mode la mode!
Article vraiment très interessant et la polémique est à traiter…
Bel article Alec, merci au passage pour la petite référence.
Je découvre avec plaisir ce nouvel aspect de Labadens qu’est votre blog, je vois que les choses avancent bien !
Petite précision ceci dit pour remettre les taux d’intérêt dans le vif du débat :
Les IMF pratiquent entre 15% et 80% de taux d’intérêt en fait. Certains, dénoncés comme les « abuseurs » de la microfinance, peuvent monter jusqu’à 120%, même 200% (on pensera à Compartamos, l’IMF mexicaine, rentrée en bourse il y a peu, versant à ces actionnaires des dividendes de 400 millions de dollars…).
Le taux moyen se situe plutôt aux alentours de 40-45% je dirai.
Enfin, il faut prendre ces taux d’intérêt avec des pincettes car dans un pays comme le Tadjikistan ou l’inflation est de 50% par an, un taux d’intérêt ne veut pas dire grand chose…
Vif débat que celui de la microfinance ! Au plaisir d’y participer
Bon courage pour la suite de Labadens.
Damien
Je reviens d’un mois de vacances et en forme.
Oui c’est un vif débat et j’ai pas fini d’aborder le sujet.
Article très intéressant et effectivement le up-scaling (montée de gamme des IMF)et le down-scaling (descente de gamme des banques traditionnelles)ne suffiront pas à assurer la couverture de la demande de ce chainon manquant qu’est la mésofinance. Je me permets de faire un peu de pub et de vous signaler l’existence d’un dispositif de capital – risque solidaire le Fonds Afrique (Garrigue / Tech-Dev). Ticket de financement entre 8K à 30 K/euros a destination de TPE-PE africaine (Ouest et centrale)productives .
Plus d’infos : http://www.tech-dev.org/fonds-afrique/
Anne
Bonjour,
Oui, je connaissais.
J’aime bien ce qu’ils font et leur approche essentiellement tournée vers un support technique et technologies. J’ai d’autre initiative en tête qui tente vers cet espace autour de la Méso finance.
Je suis en revanche curieux et inquiet de la capacité de ses initiatives (dont la notre) à proposer un modèle économiquement viable: auto-suffisant